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Interview de David Meulemans, auteur du manuel "Écrire son premier roman en 10 minutes par jour"

#Bonnes Pratiques

David Meulemans, fondateur des Éditions Aux forges de Vulcain et docteur en philosophie, a publié le 22 janvier 2021 un essai intitulé Écrire son premier roman en 10 minutes par jour dont il est lui-même l’auteur. Ce manuel propose à tout écrivain en herbe de l’accompagner, pendant quelques semaines ou quelques mois, dans l’écriture de son premier roman et encourage à prendre la plume, quel que soit notre parcours. Avant de vous plonger dans l’écrire de votre premier roman, découvrez son interview.

 

 

 

Comment l’idée de ce manuel vous est-elle venue ?

Ce manuel est issu d’une réflexion menée depuis de longues années qui a débuté avec mes recherches pour ma thèse sur la structuration de la créativité artistique. Devant le constat que beaucoup de personnes sont confrontées à des blocages d’écriture, souvent liés à la peur de la page blanche, j’ai intégré l’incubateur du Labo de l’édition fin 2011 pour concevoir un site ludique, créatif et social, DraftQuest, qui propose de libérer ses utilisateurs de ces blocages en les aidant à écrire régulièrement. À côté de cette solution technologique, l’idée de la rédaction d’un manuel répertoriant des conseils sur l’écriture s’est concrétisée en 2014, avec le lancement d’un financement participatif qui a démontré l’intérêt du public pour ce sujet.

 

Quelle difficulté avez-vous rencontré lors de la rédaction du livre ?

Le problème de mon double statut d’éditeur-auteur s’est vite posé : comment porter un regard critique sur son propre travail et s’éditer soi-même ? Le temps, qui permet une mise à distance avec ses écrits, et le regard de certains de mes proches m’ont permis de résoudre en partie cette question. Ce sont surtout les ateliers d’écriture qui m’ont apporté le recul nécessaire pour juger du texte et le mener jusqu’à la fin du processus de publication.Si le contexte de la crise sanitaire a repoussé la date de publication du livre, il a été par ailleurs favorable à l’activité de l’écriture et donc à la réception du manuel. Le temps du confinement a en effet encouragé et facilité la pratique de l’écriture. En dehors de ce contexte particulier, il y a un réel besoin d’écrire chez de nombreuses personnes, et ce d’autant plus qu’en France, le niveau culturel et éducatif est relativement élevé. L’écriture est néanmoins une activité difficile. Il existe beaucoup de manuels sur le sujet mais ils sont souvent très techniques et davantage tournés vers le cinéma et l’écriture de scénario.

 

Votre application web DraftQuest est-elle toujours disponible ?

La communauté DraftQuest est toujours très active et certains utilisateurs ont développé des applications inspirées de celle-ci mais en allant plus loin dans la technique. D’autres utilisateurs ont été publiés, notamment chez Librinova, comme Lynda Guillemaud qui écrit aujourd’hui à plein temps. On peut aussi citer Cathy Borie dont le dernier roman, Dans la chair des anges, a obtenu le Premier Prix du concours DraftQuest/Librinova. Ce concours témoigne de la complémentarité des deux plateformes : Draftquest développe la pratique de l’écriture régulière tandis que Librinova intervient au moment d’une éventuelle publication. Le manuel est grandement inspiré des cours tenus dans le cadre des ateliers en ligne de DraftQuest.

 

Comment expliquez-vous l’angoisse de la page blanche ?

L’angoisse de la page blanche s’explique par deux phénomènes distincts : un phénomène psychologique et un phénomène sociopsychologique. L’être humain est fait pour réagir à des choses, c’est-à-dire qu’il est plus à l’aise lorsqu’il s’agit de réorganiser des contenus que lorsqu’il faut partir de zéro. Bien souvent, il est plus facile de réorganiser un texte existant que d’écrire à partir d’une page vierge. Aussi, on parle de « page blanche » mais, la plupart du temps, nous utilisons un fichier informatique. Or, visuellement, les fichiers informatiques ressemblent beaucoup à ce qu’on lit en tant que lecteur. Avant, jusqu’au milieu du XXe siècle, ce que l’on écrivait ne ressemblait pas à ce qu’on lisait car on écrivait à la plume et le texte était ensuite confié à quelqu’un pour la transcription. Ces différentes phases permettaient une mise à distance avec son texte. Aujourd’hui, comme nous utilisons le même format visuel, il y a quelque chose de très paralysant dans l’écriture car notre rapport au temps n’est plus le même et nous ne laissons plus reposer notre propre travail. Dès que l’on écrit une ligne, on se dit qu’elle sera lue telle qu’elle, ce qui nous conduit à la corriger dans la foulée, sans penser à la notion de brouillon. Le jugement intervient très tôt alors que dans toutes les pratiques artistiques, l’espace sans jugement est quelque chose de très important.

 

Quels conseils donnez-vous dans votre livre ?

Le manuel contient beaucoup de conseils mais le plus important est sans doute la régularité : il faut s’efforcer de se familiariser avec la pratique de l’écriture en s’y attelant régulièrement. D’un point de vue psychologique, attendre les vacances d’été pour écrire n’est pas idéal : mieux vaut écrire lors de sessions moins longues mais plus régulières.

 

Quels sont les problèmes rencontrés par ceux qui écrivent un premier roman ?

Les problèmes principaux sont : trouver du temps, tenir et aller jusqu’au bout. Souvent, nous décrochons car nous émettons trop tôt des jugements esthétiques sur notre travail. Il faut attendre d’être arrivé au bout. Certains ne se rendent pas compte qu’écrire de la fiction s’apprend. Beaucoup de personnes ont envie d’écrire mais ne lisent pas. Or, c’est difficile d’écrire si on n’est pas d’abord lecteur, ce qui n’empêche pas que l’on puisse être un très bon lecteur et ne pas savoir écrire. Aujourd’hui, on écrit quotidiennement des mails mais ce n’est pas pareil qu’écrire de la fiction. Si l’écriture peut être belle en non-fiction, cela ne veut pas dire qu’il en sera ainsi pour la fiction, car celle-ci nécessite un tour d’esprit qui s’acquiert par l’exercice, sauf quelques exceptions. Dans la plupart des manuscrits, les personnes ont tendance à écrire des interprétations plutôt qu’à décrire des faits. Or un bon roman n’est pas si interprétatif que ça : il y a des grands romans qui sont très factuels ! Il faut davantage suggérer qu’expliciter. Avant, je pensais que le problème, c’étaient les personnages et l’histoire, mais ce n’est pas un vrai problème car cela se travaille et s’apprend. Ce qui est plus important encore, ce sont les problèmes de l’écriture, souvent sous-estimés. Je reçois des manuscrits avec des personnages théoriquement intéressants, le scénario est bien construit, mais les phrases sont dures à lire car elles ne sont pas senties, donc il devient difficile de profiter de l’histoire. En écrivant quotidiennement, l’écriture s’affine. Cela peut-être simplement des micro-histoires sur Facebook, par exemple.

 

Quels conseils donneriez-vous pour se faire éditer ?

Premièrement, écrire le meilleur roman possible. C’est un vrai conseil car, parfois, il est tellement dur d’aller jusqu’au bout que l’on ne souhaite pas revenir sur son texte et le réécrire. L’idéal, c’est de le laisser reposer et de revenir dessus avec un regard neuf. Il ne faut surtout pas hésiter à réécrire son roman ! Ensuite, il est nécessaire de repérer les éditeurs qui font de la création contemporaine et de comprendre leur ligne éditoriale. Il peut aussi être très intéressant d’intégrer une communauté d’écrivains amateurs, de manière à apprendre à donner son avis – de vrais avis – sur les textes des autres pour prendre conscience de l’aspect artisanal de l’écriture.

 

Est-ce bien de lire les textes des autres ?

Oui, même si le but n’est bien sûr pas de les imiter. Lire les autres permet d’absorber de bons réflexes et de comprendre comment s’organise une description par exemple. Souvent, les personnes qui écrivent sans en avoir l’habitude ont tendance à donner l’interprétation avant les faits. Lire les manuscrits des autres donne la possibilité de repérer ce type d’erreurs que l’on peut faire soi-même. Par ailleurs il est essentiel d’écrire ce qui correspond à notre pli naturel. Ce n’est pas parce que notre genre préféré en tant que lecteur est le thriller que l’on est fait pour écrire des thrillers. C’est pour cela que j’encourage beaucoup l’improvisation, d’écrire sans avoir une idée trop précise et voir où cela nous mène.

 

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