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Le dilemme de la cigale et de la fourmi, entretien avec Julie Stephen Chheng – Masterclass Gobelins école de l’image

#Bonnes Pratiques

Le monde du livre n’a pas fini de se réinventer. Les mutations numériques et les récents bouleversements liés à la crise sanitaire ont poussé l’ensemble de la chaîne à se projeter dans un autre futur, et parfois même à repenser certains modèles. Réagir face au risque, faire autrement, imaginer de nouvelles expériences, s’adapter… Le contexte nous invite à interroger de façon inédite notre rapport à la création et à l’innovation. Comment trouver l’équilibre entre créativité, prise de risque et viabilité économique ? Comment envisager l’échec ? Comment rester, face aux contraintes matérielles, un professionnel émerveillé ? Pour explorer ces questions, les Gobelins l’école de l’image organisaient le 20 mai 2020 une journée sur le thème « Droit à l’erreur, émerveillement et prise de risque dans le secteur du livre ».

 

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MEAT - Snapchat video clip - Julie Stephen Chheng

 

 

Naviguer entre élan artistique, envie d’innover et réalité matérielle est un défi que rencontrent de nombreux métiers créatifs. Ces problématiques, Julie Stephen Chheng les compare au célèbre antagonisme de La Fontaine et nous fait part de son expérience de jeune créatrice marquée par « ce dilemme de la cigale et de la fourmi ». Designer, autrice et illustratrice, Julie Stephen Chheng est diplômée de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris et travaille sur le lien entre papier et numérique dans les domaines de l’édition, des arts visuels et de la scénographie. Membre du studio Volumique, elle est aussi l’autrice de plusieurs livres et applications comme La Pluie à midi, Les Aventures d’un village, Poèmes en pièces ou encore Les Aventures du petit train postal. En 2014, elle est en résidence d’artiste au Hong Kong Arts Center puis lauréate Arts Numériques à la Villa Kujoyama à Kyoto en 2016. Elle réalise des expositions et conférences à Kyoto, Tokyo, Hong Kong, Paris, Nantes, Popayan (Colombia), Taiwan ainsi que l’exposition itinérante intitulée Pliés, Coupés, Décalés proposée par Le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse en 2016. Un parcours particulièrement riche, tracé grâce à l’apprentissage progressif d’un équilibre entre figure de la cigale – l’élan créatif, et celle de la fourmi – la gestion et la productivité.

 

la pluie à midi

La Pluie à midi, Julie Stephen Chheng

 

« Durant mes études, on m’a appris à être une cigale », déclare Julie Stephen Chheng. Si l’effervescence créative est particulièrement appréciée dans la vie scolaire et étudiante, il faut par la suite être capable de réveiller la fourmi qui est en soi car cette dernière, selon l’autrice, est bien plus appréciée dans le monde de travail. Logique, puisque la fourmi s’apparente à la productivité, ses efforts sont identifiables et facilement quantifiables. Le travail de la cigale, en revanche, est beaucoup plus difficile à quantifier puisqu’il s’agit davantage d’observations, de réflexions, de discussions… C’est un travail plus épars, qui s’inscrit dans le temps de la vie quotidienne et dont les résultats sont plutôt de l’ordre de la sérendipité. D’après Julie Stephen Chheng, « la société valorise largement entrepreneuriat et la productivité. La cigale est perçue comme quelqu’un de naïf qui ne se soucie pas de la productivité. »

Car comme le montre la fable, toute cigale est un jour rattrapée par les contraintes et la réalité matérielle. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, à l’heure où l’auteur et l’artiste voient leurs statuts se précariser et évoluer vers des formes plus entrepreneuriales. « Autrefois, un auteur représentait la création avant tout. Cela était effectivement plus simple lorsque la gestion de carrière par un éditeur voire un agent était la norme. », explique l’autrice. Aujourd’hui, de plus en plus d’auteurs, notamment les autoédités, doivent créer mais également être les gestionnaires de leur réputation, de leur communication, de leurs finances. Malgré cette réalité, il est essentiel de revaloriser l’imagination et le plaisir gratuits, ces moments de « flânerie créative » qui ne cherchent pas à aboutir, car ils sont essentiels dans la vie d’un créateur.

« Les réflexions ou travaux qui n’aboutissent pas ne sont pas du temps perdu, ils sont en réalité très importants car ils se transforment et nourrissent les projets suivants », affirme Julie Stephen Chheng. Cela a été le cas pour elle avec un projet de maisons de poupée en papier dont la première tentative était restée sans résultat pour aboutir plus tard sur le projet « Fenêtre de papier », une collaboration avec Hermès au Japon pour habiller plusieurs vitrines de la maison grâce à ce projet interactif.

 

hermes

Fenêtres de papier - Julie Stephen Chheng - Hermès

 

Cette masterclass virtuelle, découpée en deux temps, réunissait professionnels du livre et de l’innovation autour des expériences de lecture jeunesse innovantes crées par les étudiants de la Licence Professionnelle Management de Projets en Communication et Industries graphiques dans le cadre du projet pédagogique Transform. La matinée était consacrée à la prise de parole de professionnels du livre et du numérique : Etienne Mineur, fondateur des éditions Volumiques, Julie Stephen Chheng, designer, autrice et illustratrice, et Nathalie Caclard, chargée de mission inclusion numérique chez Ville de Créteil. L’après-midi était consacrée à la présentation des projets des étudiants de la Licence développés dans le cadre de TRANSFORM.

TRANSFORM consiste à développer un projet d'édition de bout en bout, de la conception jusqu'à la réalisation, en proposant une approche plurimedia. De nouvelles expériences de lecture, ce sont aussi des questionnements : quelle est la relation entre le livre et les enfants / les adolescents d’aujourd’hui ? Qu’est-ce que le livre leur apporte déjà ou pourrait leur apporter de nouveau ?

Les 6 projets créés par les 36 élèves de la classe sont présentés sur le site Collab36 : https://collab36.com/

La Licence Professionnelle "Management de Projets en Communication et Industries Graphiques" forme en 1 an de jeunes professionnels aux profils variés : des designers, des communicants, des fabricants et des réalisateurs web/audiovisuel. Ils viennent à Gobelins pour apprendre à conduire des projets plurimédias dans les industries graphiques. Ce sont des chefs de projets "tout terrain" avec une forte sensibilité pour l'innovation et l'entrepreneuriat. La pédagogie déployée par l'école leur permet d'apprendre en mode projet, avec une pleine liberté d'action : c'est aussi l'intérêt du projet "Transform" développé avec le mentorat des Editions Nathan depuis 2018.

Pour en savoir plus sur la Licence Professionnelle Management de Projets en Communication et Industries Graphiques, cliquez ici

 

 

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