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Entretien avec Etienne Mineur, fondateur des éditions Volumiques – Masterclass Gobelins l'école de l’image

#Bonnes Pratiques

Le monde du livre n’a pas fini de se réinventer. Les mutations numériques et les récents bouleversements liés à la crise sanitaire ont poussé l’ensemble de la chaîne à se projeter dans un autre futur, et parfois même à repenser certains modèles. Réagir face au risque, faire autrement, imaginer de nouvelles expériences, s’adapter… Le contexte nous invite à interroger de façon inédite notre rapport à la création et à l’innovation. Comment trouver l’équilibre entre créativité, prise de risque et viabilité économique ? Comment envisager l’échec ? Comment rester, face aux contraintes matérielles, un professionnel émerveillé ? Pour explorer ces questions, les Gobelins l’école de l’image organisaient le 20 mai 2020 une journée sur le thème « Droit à l’erreur, émerveillement et prise de risque dans le secteur du livre ».

 

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Etienne Mineur, co-fondateur des éditions Volumiques

 

Des problématiques bien connues d’entrepreneurs de l’édition comme Etienne Mineur, co-fondateur des éditions Volumiques, qui nous partageait lors de cette masterclass numérique son parcours et son expérience dans le secteur du livre et du jeu. Graphiste de formation et diplômé de l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris en 1992, Etienne Mineur commence sa carrière dans le domaine du CD-ROM culturel. En 2009, il décide de revenir vers le design lié aux objets physiques et fonde Volumique, une maison d’édition, mais aussi un studio d’invention, de conception et de développement de nouveaux types de jeux, de jouets et de livres, basé sur la mise en relation du tangible et du numérique.

 

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La Fusée, Collection Zéphyr, Volumique

 

C’est sur le sujet de la transition numérique de l’édition qu’Etienne Mineur introduit son intervention pour Gobelins. « Le numérique est une véritable révolution qui a radicalement changé les métiers de l'édition, et cela continue. Entretenir sa curiosité est essentiel dans ce contexte", déclare-t-il. L’édition papier existe depuis plus de 400 ans et si la transition reste synonyme de difficultés pour certains acteurs, être curieux et attentif aux changements est selon lui indispensable. D’autant plus que papier et numérique ne s’opposent pas, ils peuvent se compléter pour répondre à de nouveaux usages ou donner naissances à des formats inédits.

« Nous aimons le papier et les pixels, affirme Etienne Mineur, ces derniers peuvent tout à fait cohabiter voire générer par leur mélange des choses nouvelles. Les enfants passent sans problème d’un univers à l’autre si ces derniers se complètent et restent cohérents ». L’univers du jeu et du jouet, selon le designer, a d’ailleurs très bien su s’emparer de cette continuité entre papier et numérique. C’est probablement pourquoi les éditions Volumiques ont rapidement évolué dans cette industrie. « Nous sommes allés à la rencontre d’éditeurs parisiens qui nous ont donné un accueil plutôt favorable, mais nous sommes sans doute arrivés trop tôt pour les convaincre tout à fait. Finalement, ce sont les professionnels du jeu et du jouet qui sont rapidement venus vers nous. ».

Depuis sa création en 2010, Volumique réinvente la relation entre papier et numérique à travers la conception d’objets hybrides et surprenants : livre-jeu, livre-application, jeu de plateau mettant en scène nos smartphones, jeux de cartes interactifs… Des innovations qui se situent au carrefour de l’édition, du jouet et du jeu vidéo et qui explorent de manière très libre le lien entre l’objet, le lecteur et la narration.

Cette liberté indispensable à toute démarche expérimentale fait appel au nécessaire et bénéfique droit à l’erreur. « L'erreur fait partie du processus, se tromper permet d'avancer, par itération. Faire un prototype va permettre de tester, de trouver des nouvelles idées, d'en éliminer certaines », affirme Etienne Mineur. Le prototypage et le test utilisateur sont donc deux éléments clés, et il ne faut pas avoir peur de se tromper ou de revenir en arrière. L’idée est de comprendre la manière dont l’utilisateur va s’approprier l’objet, l’innovation étant finalement « le résultat de la socialisation d’une invention », comme la définit le fondateur des éditions Volumiques. Mais c’est ce processus même d’appropriation de l’invention par son public qui peut parfois prendre des chemins sinueux. Pour The World of Yo-Ho, jeu de bataille navale utilisant le smartphone comme navire, le concept n’a pas tout de suite rencontré le public. A l’époque le smartphone n’était pas suffisamment démocratisé pour rendre le jeu accessible au plus grand nombre, cela le rendait trop coûteux pour être viable sur le plan économique. L’idée a donc été mise en stand-by et reprise quelques années plus tard avec succès.

 

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The World of Yo-Ho, Volumique

 

Mais comment jongler entre la créativité, l’envie d’innover, et les contraintes matérielles ? Etienne Mineur insiste sur l’importance de l’émerveillement qui est l’une des clés des métiers créatifs. « La capacité d’émerveillement permet d’observer les choses du quotidien, c’est dans ces moments d’observation libre, sans arrière-pensée, que jaillit généralement une idée », explique le designer. 

 

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Jouable.fr, Volumique

 

Et ce sont parfois les situations remplies de contraintes, comme le confinement, qui nous rendent plus créatifs. Selon Etienne Mineur, « on travaille souvent mieux dans la frugalité, en faisant l’économie de moyens ». C’est dans ce contexte de crise sanitaire, où la contrainte du confinement générait de nouveaux questionnements quant aux activités des enfants à la maison, que lui est apparue l’idée de « Jouable ». Ce site propose une série de jeux expérimentaux dont a majorité peuvent s’imprimer et se fabriquer soi-même. L’idée de « Kizu », un petit jouet à fabriquer sans colle, lui est d’ailleurs venue un matin en observant le pliage d’un sachet de thé fait sans colle. Un bel exemple du caractère fécond de l’émerveillement au quotidien.

gobelins labo

Cette masterclass virtuelle, découpée en deux temps, réunissait professionnels du livre et de l’innovation autour des expériences de lecture jeunesse innovantes crées par les étudiants de la Licence Professionnelle Management de Projets en Communication et Industries graphiques dans le cadre du projet pédagogique Transform. La matinée était consacrée à la prise de parole de professionnels du livre et du numérique : Etienne Mineur, fondateur des éditions Volumiques, Julie Stephen Chheng, designer, autrice et illustratrice, et Nathalie Caclard, chargée de mission inclusion numérique chez Ville de Créteil. L’après-midi était consacrée à la présentation des projets des étudiants de la Licence développés dans le cadre de TRANSFORM.

TRANSFORM consiste à développer un projet d'édition de bout en bout, de la conception jusqu'à la réalisation, en proposant une approche plurimedia. De nouvelles expériences de lecture, ce sont aussi des questionnements : quelle est la relation entre le livre et les enfants / les adolescents d’aujourd’hui ? Qu’est-ce que le livre leur apporte déjà ou pourrait leur apporter de nouveau ?

Les 6 projets créés par les 36 élèves de la classe sont présentés sur le site Collab36 : https://collab36.com/

La Licence Professionnelle "Management de Projets en Communication et Industries Graphiques" forme en 1 an de jeunes professionnels aux profils variés : des designers, des communicants, des fabricants et des réalisateurs web/audiovisuel. Ils viennent à Gobelins pour apprendre à conduire des projets plurimédias dans les industries graphiques. Ce sont des chefs de projets "tout terrain" avec une forte sensibilité pour l'innovation et l'entrepreneuriat. La pédagogie déployée par l'école leur permet d'apprendre en mode projet, avec une pleine liberté d'action : c'est aussi l'intérêt du projet "Transform" développé avec le mentorat des Editions Nathan depuis 2018.

Pour en savoir plus sur la Licence Professionnelle Management de Projets en Communication et Industries Graphiques, cliquez ici

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