"Peut-on jouer en écrivant ?" Tribune de Caroline Viphakone - fondatrice du Studio Infinite

Le Labo de l’édition propose tout au long de l’année un programme d’ateliers d’écriture où interviennent écrivains, créateurs, innovateurs et professionnels de l’édition et du numérique. Accessibles au plus grand nombre, ces ateliers offrent des outils et méthodes innovantes pour stimuler la créativité et proposent une nouvelle vision de l’écriture. Caroline Viphakone, fondatrice du Studio Infinite, plateforme et ateliers d'écriture basés sur le jeu de rôle textuel, propose chaque semaine au Labo de l'édition des masterclass ou des sessions write-in. Elle nous livre une vision décomplexée de l'écriture, envisagée à travers le prisme du jeu de rôle.

caroline viphakone studio infinite rpg

 

Je tiens mon habitude d'écrire à quatre mains (si ce n'est plus !) du jeu de rôle textuel (aussi connu sous l’appellation anglophone « Role Playing Game »). Jouer ses personnages, avec des amis voire de parfaits inconnus sur la Toile, apprendre à les connaître, les faire réagir grâce à notre plume (ou plutôt notre clavier), se prendre d'affection pour des êtres imaginaires et leur donner vie. Des nuits passées sur des forums RPG à incarner des personnages et à attendre les réponses de mes partenaires d'écriture !

Avec mon projet infinite, j’encourage les passionnés d’écriture à raconter leurs histoires ensemble en m’inspirant du jeu de rôle et du transmedia storytelling. Écrivants, écrivains, nous nous retrouvons pour échanger, pour partager, et pour créer tous ensemble.

On mentionne souvent les jeux d'écriture, notamment ceux de l'Oulipo. L'écriture sous contrainte exerce sur nous une forme de pression créative. On nous demande de placer tel mot ou telle situation dans un paragraphe. On triture les mots, on fait disparaître des lettres, on se laisse emporter par notre imagination. Écrire devient un défi. On se fixe des objectifs tels que produire 50 000 signes en un mois (#NaNoWriMo) ou alors de consacrer au moins 5-10 minutes par jour à l'écriture (#défisablier). On utilise des decks (sur la plateforme Draftquest), on lance les dés, on détourne un Loto des odeurs pour trouver l'inspiration (avec les arbres d'Inédits).

Écrire fait partie des règles du jeu. On écrit en jouant, on joue en écrivant. Et le but de ces jeux ? Finir un projet qui nous hante ; imaginer la suite ou une alternative à une licence que l'on affectionne (fanfictions) ; progresser dans une aventure épique ; pousser ses limites ; faire partie d'une communauté de « geeks » d'écriture ; ou simplement écrire pour le simple plaisir d'écrire.

Sur notre plateforme infinite RPG et pendant nos ateliers d'écriture, nos Infiniters (re)nouent aussi avec l'écriture par le jeu. Ils découvrent, ou redécouvrent, le plaisir de s'exprimer à travers les mots, le plaisir de voyager d'univers en univers, le plaisir de raconter des aventures... le plaisir de jouer. L'écriture n'est plus un simple exercice de rédaction. On s'éloigne du cadre scolaire pour chercher un lieu d'évasion. Et je ne parle pas seulement de nos escape game littéraires où nos participants doivent écrire pour s'échapper d'un cadre fictionnel.  L'écriture n'est plus une corvée, un devoir, mais un loisir, une passion.

Caroline Viphakone-Lamache, studio infinite