Transmédia & changement climatique Storycode #21

Jeudi 28 janvier 2016, le Labo de l’édition a accueilli l’association Storycode Paris dédiée au secteur du transmédia, du documentaire interactif et des nouvelles écritures, à l’occasion de sa conférence #21 sur le thème du changement climatique. Le contexte houleux de la COP21 qui s’est déroulée à Paris du 30 novembre au 15 décembre 2015 a révélé la nécessité de relancer la mobilisation citoyenne et d’interroger les discours existant autour du climat. Prolonger la réflexion, comprendre les nouvelles attentes des citoyens et les nouveaux modes de communication qui émergent avec le numérique était l’objet de cette première réunion Storycode Paris de l’année.

Comment raconter le changement climatique et susciter l’engagement autour de ses enjeux ? Comment les applications mobiles, les sites web, et les outils digitaux en général peuvent-ils nous inciter à devenir plus responsables et à transformer nos habitudes au quotidien ?

 
storycode climat
 

Pour tenter de répondre à ces questions, Anne-Sophie Novel est revenue sur l’expérience de la création de Place to B, un lieu alternatif qui a réuni à Paris tout au long de la COP21 militants, bloggeurs et journalistes indépendants dans le but de construire un nouveau récit du changement climatique. Un bar-restaurant (Le Belushi’s) a été reconverti pour l’occasion en centre de presse doté de plateaux de radio et de télé et d’un espace de coworking, aménagés selon des normes écoresponsables. Le lieu a hébergé des événements artistiques ouverts au public, moments d’informations et conférences, diffusés également sur le site web créé pour l’occasion.

 
belushi's

 

Elliot Lepers, web-activiste et designer à l’origine de la campagne numérique d’Eva Joly lors de la présidentielle 2012, avait carte blanche pour présenter sa démarche de mobilisation digitale. Son intervention offrait donc un aperçu général de son champ d’action, à travers trois projets : en décembre 2014, il a pris part au combat des libraires contre les revendeurs en ligne avec la création d’Amazon Killer, une extension pour navigateur s’appuyant sur le réseau Place des Libraires et permettant de se procurer en librairie indépendante un livre cherché sur Amazon. En janvier 2015, le jeune activiste développe l’application 90 jours, un assistant personnel de transition écologique qui pose des défis simples et ludiques pour améliorer ses habitudes quotidiennes. Dernier projet présenté lors de la conférence : Gueule de Bois, un site participatif mis en place en collaboration avec Caroline de Haas et d’autres en réaction aux scores des régionales, afin de rassembler tous ceux qui partagent le même sentiment de « ras le bol » et de poser des actes pour réveiller la gauche.

 

90jours — Votre assistant personnel de transition

 

Information, communication et citoyenneté : nouveaux enjeux

Anne-Sophie Novel et Elliot Lepers ont tous deux mis en évidence le nouveau rapport à l’information et le nouveau pouvoir de prise de parole des citoyens à l’heure du numérique. Pour Anne-Sophie Novel, si le rôle des médias dans la transition écologique est primordial, une crise profonde touche ce secteur qui doit revoir son mode de fonctionnement pour renouer un dialogue citoyen. En effet, avec des plateformes comme Youtube ou Twitter, tout le monde a aujourd’hui le pouvoir de faire de l’info. Descendus de leur piédestal, les journalistes ont néanmoins une réelle valeur ajoutée : celle de prendre le temps d’écrire pour éclairer ce qui vient. Elliot Lepers insiste quant à lui sur la notion d’autorité, un pivot essentiel de question de la mobilisation citoyenne. L’intervenant note le bouleversement qui touche aujourd’hui les relations entre élus et administrés, ou encore journalistes et lecteurs. Selon lui, la clé est d’engager la transition écologique en prenant en compte cette fragilité.

 

La question de l’engagement

 

Le combat principal d’Anne-Sophie Novel est de remédier à un véritable manque de mobilisation envers la cause du climat. Pourquoi le sujet n’est-il pas plus traité par les médias ? D’où vient le sentiment d’impuissance qui gagne les citoyens ? Selon l’intervenante, il est la conséquence d’un préjugé selon lequel l’écologie serait un fait scientifique ou un fait idéologique. Ainsi l’ambition de Place to B était de faire du changement climatique une réalité sociale lors de la COP21, en y rassemblant la société civile et l’activité médiatique. Une occasion de nouer un dialogue afin de proposer de nouvelles formes de récits plus en phase avec les attentes des citoyens. C’est dans ce but qu’a été mis en place au sein de Place to B le Fab Lab de la Creative Factory, catalysant la pensée de nombreux artistes, poètes, acteurs, militants et journalistes.

Quant à Elliot Lepers, ses travaux sont souvent une véritable immersion personnelle au coeur du processus de mobilisation : depuis toujours, il cherche à s’investir dans des causes qu’il ne connait pas, dans le but de d’étudier le déclic qui va déclencher la mobilisation, d’analyser ce point de bascule dans l’engagement.

 

Transmédia et écritures interactives, pour un nouveau récit de l’écologie

Comment les nouvelles écritures et la narration transmédia peuvent-elles susciter l’engagement ?

 
 

Anne-Sophie Novel a dévoilé les grands axes de réflexion qui ont émergé du think-tank de la Creative Factory. Le fil directeur : travailler sur les émotions et l’imaginaire pour un nouveau récit de l’écologie. Selon les participants au Fab Lab, les ONG doivent renouer avec l’esthétique des grands récits, à savoir la beauté, l’humour, et les mythes qui suscitent l’envie de se battre. Autre nécessité : fédérer un discours progressif sur la transition, et faire entrevoir aux citoyens une société porteuse de sens, basée sur le bonheur et le bien-être, au détriment d’un modèle très présent porté sur la consommation et le profit. Enfin, Anne-Sophie Novel insiste sur l’importance de « retrouver l’enfant intérieur », notamment à travers le jeu, pour une communication décomplexée.

Elliot Lepers a quant à lui mis en lumière la notion complexe d' »affordance« , qui signifie littéralement la capacité d’un objet à suggérer son utilisation. Un concept issu du design, dont devrait s’inspirer la communication pour replacer l’utilisateur au centre du système d’informations et lui offrir une expérience intuitive et interactive. Il faudrait se placer au cœur des usages des citoyens pour leur permettre d’actionner des leviers à leur portée. L’idée est de donner la possibilité à chacun de se rendre acteur de son quotidien et d’exprimer ses convictions. Ainsi, l’application 90 jours propose un scénario fragmenté et ludique pour décomplexer l’utilisateur, le récompenser au fil de ses actions quotidiennes et le pousser à continuer.

 
 

Pitchs

Au cours de la conférence, un temps de pitchs a également été accordé à trois projets transmédia en phase de lancement, tous en rapport avec ces mêmes notions d’engagement et de prise de conscience.

 

Camille Paoletti, docteur en bio-physique et chercheuse en sciences de l’éducation, et Barbara Govin, illustratrice et didacticienne ont présenté Les P’tits Illuminés, une association de développement d’outils et d’ateliers ludo-éducatifs pour apprendre les sciences aux enfants. Le but de ce dispositif est d’accompagner l’enfant dans son questionnement et le faire expérimenter afin de le rendre acteur de son savoir. Ce projet fait écho aux tendances énoncées par Elliot Lepers et Anne Sophie Novel : une éducation et une communication basées sur la pédagogie active et le jeu, afin de véhiculer l’engagement.

A ensuite été présenté un projet de série transmédia porté par Gilles Martinez : Sexe faible, qui propose de suivre le parcours de quatre femmes d’aujourd’hui à travers leurs journées décisives. A travers ce projet de série prochainement déployée sur les réseaux sociaux et les applications mobiles s’affirme une volonté d’immerger l’utilisateur au cœur d’une réalité, afin de confronter les préjugés à l’expérience.

Le temps de pitch s’est conclu par la présentation de Versus, une série transmédia qui plonge l’utilisateur dans une expérience dystopique réaliste, au cœur d’un système pénal où les maîtres mots sont transparence et interactivité. Le projet, porté par Leila ArandaElisa Couteiller et Solène Saguez, soulève la question du rôle des médias et plus particulièrement de l’influence des médias sociaux dans la formation du jugement de chacun. Le spectateur participe au destin de l’accusé et l’accompagne jusqu’au procès, livré sous forme d’épisode télé avec un live tweet géré par le greffier qui aura pris la casquette de community manager. L’idée est d’utiliser la fiction pour captiver l’utilisateur et le faire entrer en immersion au coeur des questions relatives à la transparence, à la citoyenneté, à la frontière entre réalité et fiction.

 

Le temps de pitch s’est conclu par la présentation de Versus, une série transmédia qui plonge l’utilisateur dans une expérience dystopique réaliste, au cœur d’un système pénal où les maîtres mots sont transparence et interactivité. Le projet, porté par Leila ArandaElisa Couteiller et Solène Saguez, soulève la question du rôle des médias et plus particulièrement de l’influence des médias sociaux dans la formation du jugement de chacun. Le spectateur participe au destin de l’accusé et l’accompagne jusqu’au procès, livré sous forme d’épisode télé avec un live tweet géré par le greffier qui aura pris la casquette de community manager. L’idée est d’utiliser la fiction pour captiver l’utilisateur et le faire entrer en immersion au coeur des questions relatives à la transparence, à la citoyenneté, à la frontière entre réalité et fiction.

 

L’ensemble des projets présentés au cours de cette conférence Storycode Paris entrent en résonance avec les problématiques générales du Labo de l’édition. Le développement de la narration transmédia et des nouvelles écritures présagent de nombreuses avancées… En particulier celle d’optimiser les nouvelles technologies de l’information et de la communication afin de construire autour des sujets sensibles des récits positifsconcrets et participatifs.