Presse & IoT : la conférence du hackathon

Les 11, 12 et 13 décembre 2015 s’est déroulé au Labo de l’édition un hackathon sur le thème de la presse et des objets connectés, en partenariat avec le Digital Publishing InstituteHPMicrosoftArjowiggins, et Adsp. Une occasion d’explorer les possibilités offertes par l’IoT, autour de contenus mis à disposition par les éditeurs partenaires de l’évènement : Le MondeLes EchosLe Parisien et L’Equipe. Durant 48h d’expérimentations techniques et éditoriales, les participants réunis en équipes ont tenté de confronter les nouveaux enjeux de la presse à une technologie émergente, afin de faire apparaître les formats les plus innovants…

hackathon presse médias

 

Afin d’introduire le hackathon par un temps de réflexion, une conférence plénière ouverte au public s’est tenue au Labo de l’édition le vendredi après-midi. Les intervenants des différentes sociétés d’informatique partenaires ont dressé un panorama des dernières innovations en date dans le domaine des objets connectés, dévoilant d’emblée quelques voies à explorer pour inventer la presse de demain.

 

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Jean Sébastien Dupuy, développeur chez Microsoft France, a notamment présenté HoloLens, un casque de réalité augmentée permettant de simuler des hologrammes qui s’intègrent dans le champ de vision de l’utilisateur.

Au cœur d’une telle avancée technique, la problématique de l’immersion est clé et pose de grands défis pour la « presse connectée ». Comment susciter l’interaction physique entre l’information et l’utilisateur ? Comment intégrer le sensoriel dans la réflexion éditoriale ? A disposition des participants, les APIs de reconnaissance faciale, vocale et émotionnelle regroupées sous le nom de « Projet Oxford » amenaient à parcourir ces questions.

 

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Sujet important dans le débat sur la mutation de la presse, la complémentarité entre papier et numérique a été l’un des grands axe du hackathon. Pour Laurent Molveau, Business Developement Manager chez HP, les objets connectés suggèrent des usages intéressants car ils permettent de relier les deux univers. D’après lui, le papier reste un support primordial, garant de force émotionnelle pour certains mediums comme la photographie ou encore pour les contenus pédagogiques. Les lecteurs de journaux gardent aussi un réel attachement au papier. Dans cette perspective, des dispositifs d’impression à distance comme Print SDK ou des systèmes de QR code invisibles comme Linkreader ont été présentés lors de la conférence et mis à disposition des participants au cours du hackathon.

Gaël Depres, Exploratory & Partnership Manager chez Arjowiggins Creative Papers, a quant à lui dévoilé une solution de papier connecté innovante reposant sur la technologie NFC. Plus interactive que le QR code, la puce incluse directement dans le papier œuvre sans application intermédiaire entre le contenu et l’utilisateur. Adsp, (AdServerPub) régie publicitaire de la société Y2 Media et partenaire d’Arjwoggins, met en avant l’innovation majeure qu’apporte cette technologie, notamment en termes de data management. En effet, la puce NFC génère des données utilisateur et permet de baser sa réflexion éditoriale sur une communication en one-to-one.

Pour Sylvie Daumaldirectrice UX au sein de l’agence af83, une innovation technologique à la mesure de l’IoT pose nécessairement la question difficile des usages. Dans quelles mesures l’application des objets connectés à la presse est-elle utile ? Comment faire pour que ces objets rencontrent les besoins des lecteurs ?

 

hackathon presse médias sylvie daumal

 

Comme le note l’intervenante, l’exemple des « quantified-self » dans le domaine de la santé et du bien-être est représentatif du problème : si à leur apparition montres connectées et applications numériques de suivi ont fait beaucoup d’early-adopters, ces derniers constituent une clientèle très éphémère. Un véritable travail reste donc à effectuer au niveau de l’expérience utilisateur. Afin d’innover dans le secteur de la presse, des tests sont essentiels pour mettre le lecteur en situation et créer de nouveaux usages. Si la création du prototype est importante, les participants sont avant tout évalués sur leur capacité à travailler la narration de l’expérience lecteur.

Alors que l’innovation dans la presse a récemment fait l’objet d’investissements, notamment de la part de Google (FINP)les médias s’interrogent activement sur les moyens d’optimiser l’attractivité de leurs contenus et la relation avec leur lectorat grâce au numérique. Connaître son audience et l’engager intelligemment, c’est l’expertise que délivre la startup Flamefy actuellement incubée au Labo de l’éditionCédric Monnier, co-fondateur de la société, a présenté son logiciel d’aide à la connaissance et à la fidélisation de l’audience, un outil qui peut permettre aux éditeurs de presse de repenser leurs contenus éditoriaux en positionnant l’audimat au cœur de leur stratégie. Le traitement des données personnelles semble être l’une des pistes les plus intéressantes à explorer avec les objets connectés.

 

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Pour clore la conférence, les éditeurs partenaires du hackathon ont dévoilé leurs attentes. Edouard Andrieu, directeur développement produit pour Le Monde Interactif, souligne la nécessité de repenser le magazine augmenté, afin de proposer une expérience de lecture hybride adaptée aux adeptes du papier. Quant aux perspectives d’Emmanuel Alix, directeur du numérique au sein du journal l’Equipe, elles reposent sur l’optimisation du « live » et du partage, inhérents à la consommation des programmes sportifs. Henry de Boiseguin, développeur au sein de cellule data et innovation du Parisien, entrevoit les promesses de l’IoT pour un journalisme de « l’ultra local » avec des contenus personnalisés selon l’emplacement des utilisateurs. Pour Olivier Delteil, président du DPI et innovation manager for digital aux Echos, l’adéquation entre papier et numérique est une évidence. Les objets connectés au service de la presse ne sont d’après lui qu’une question de temps…